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Les sourires des enfants

 

16/11/2003

Mon nouveau travail me fait découvrir le "monde" de la population de la rue, des personnes les plus démunies du Mexique. Depuis que je suis ici, j'ai déjà été confrontée à des situations et environnements "comme a la télé": j'ai vu des scènes, des logements tels que ce que l'on en voit dans les reportages, ce que je voyais dans mes cours de géo, il ya un an... Mais cette fois, ce ne sont pas que des photos ou des films. Cette fois, je le vis, le découvre dans la réalité.

C'est un "monde" très dur, très violent... mais surtout c'est un monde fascinant par ses contradictions. Ce que la télé ne montre pas et que je découvre ici, c'est la cohabitation continuelle entre la violence et la tendresse, entre la misère et la joie de vivre, entre la détresse et les rires...

L'autre jour, nous sommes allés rendre visite à une famille qui vivait avant au dortoir municipal du DIF et a maintenant un "logement". La mère et ses quatre enfants dont un bébé, vivent dans une seule pièce. C'est tout petit. Il y a des espèces de matelas recouvrant le sol et tout le monde vit par terre. Tout ce qu'ils possèdent est dispersé dans la pièce. Il n'y a évidemment ni cuisine, ni salle de bain. Les provisions tiennent sur une étagère minuscule... et surtout il y règne une chaleur et une humidité inimaginables. Je ne veux pas seulement dire que les murs sont humides quand on les touche, mais qu'à l'intérieur de la pièce on a l'impression d'être dans une sorte de sauna.. Il semble impossible de vivre dans un pareil endroit, dans de telles conditions.

Et pourtant ce qui semble dominer ce n'est pas la détresse et la misère mais la joie de vivre, les rires des enfants, le bonheur d'être ensemble... Les petits jouent, rient, font leurs devoirs, jouent avec leur mère... Tous semblent heureux. Il est évident que derrière il ya aussi une grande misère et que c'est très dur. Mais malgré tout ce qui domine, ce qui frappe le visiteur, c'est une famille unie, heureuse d'être ensemble chez elle. Des enfants qui rient, vont à l'école, s'excitent à l'idée d'aller au zoo. Une adolescente qui se maquille, se fait la plus belle possible. Tout un monde qui vit.

Une expérience comme celle-là, surtout la première fois, ça ne s'oublie pas. C'est tellement contraire à tout ce que l'on peut s'imaginer. Le voir dans la réalité est tellement différent des photos. Et surtout la joie de vivre qui anime ces personnes pourtant démunies au plus haut point est vraiment frappante quand on pense à tous ceux qui ont tout ce dont ils ont besoin mais sont malheureux.

De même, j'ai travaillé le week-end dernier dans un orphelinat. Nous remplacions les éducateurs qui étaient absents. 13 garçons vivent dans ce foyer. Ils ont entre 7 et 11 ans. Ils ont tous une histoire personnelle très difficile et jouent les durs pour masquer leur détresse. Ils se révoltent, crient, se battent, frappent... La violence qu'ils contiennent est incroyable. Et pourtant ils ont en même temps un besoin de tendresse infini. Ils se blottissent contre toi, viennent se faire câliner, fondent en larmes car leur mère leur manque... Avec eux, il n'ya jamais de temps mort: on passe sans cesse de la violence à la tendresse, des larmes aux rires, de la dureté à la faiblesse.

De même, il est très difficile de faire comprendre à un enfant ou à un adulte qui travaille dans la rue qu'il serait mieux à l'école ou dans un vrai travail. En effet pour eux le travail de rue est, par bien des côtés, beaucoup plus avantageux. Le salaire minimum existe aussi au Mexique... sauf qu'il n'est pas vraiment au même niveau qu'en France: il est de 38 pesos par jour. C'est à dire environ 3 euros. En gros on gagne 2 fois plus en France en une heure qu'au Mexique en un jour. Ma "soeur" qui est architecte donne des cours dans le supérieur. Elle est payée 60 pesos (moins de 5 euros) par heure. Et elle doit encore payer ses frais de transport.

Alors forcément quand des parents savent qu'en mendiant aux carrefours leur enfant peut récolter facilement 300 ou 400 pesos ( 30 euros) par jour... Il est presque impossible d'expliquer à ces personnes qu'il vaut mieux avoir un vrai travail: pour elles cela signifie gagner moins, être payé tous les 15 jours au lieu de tous les jours, avoir un chef et des horaires, payer des impôts...

Les contradictions et situations incompréhensibles sont omniprésentes ici. Mais le plus frappant, le plus surprenant, je crois vraiment que c'est la présence côte à côte de tant de misère et tant de force de vie. C'est évidemment un mécanisme de défense psychologique: rire et s'amuser pour oublier sa détresse. Mais c'est quand même impressionnant. Il suffit de regarder les photos des enfants des rues que j'ai mises sur le site: tous ceux qui les ont vues m'ont dit qu'ils ne paraissaient pas misérables du tout. Que ce qui les avait frappés, ce sont les sourires des enfants...

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